LES OPTANTS

HUMBERT JEAN-JACQUES

RETOUR ACCUEIL        GÉNÉALOGIE       LES "OPTANT"        DIXMUDE        TRAGEDIE DU R 101

L'HERMIONE

GALERIE PHOTOS.

FAMILLE HUMBERT         1914-1918        FAMILLE PETTINI            FAMILLE PIERUCCIONI           FAMILLE  MAS

MARINE            NOS MARINS            SIROCO             ARZEW            L' AIGUILLE (Le phare)            COLLO la VILLE            SECTEUR de COLLO

PARADE NAVALE 15 AOÛT 2014

 

   LES OPTANTS  

 

POURQUOI N’ETES VOUS PLUS LORRAINS ?

Suite à la défaite de 1870 et, en exécution du traité de paix de Francfort du 10 mai 1871, ratifié par la loi du 18 du même mois, et de la convention du 11 décembre 1871, ratifié par la loi du 9 janvier 1872, les Alsaciens et Moselle ont eu à opter pour la France.  

Il a été laissé aux Alsaciens et aux Mosellans la possibilité d'opter définitivement pour la Nationalité Française, avant la date du 30 Septembre1872, avec pour les « Optants » un départ de leur région Alsace ou Moselle vers le reste de la France, l'Algérie, les Amériques ...,

Environ 450.000 Alsaciens et Mosellans ont opté pour la nationalité française. Mais tous n’ont pas quitté leur région …

 

Les Alsaciens-lorrains qui n'ont pas opté dans les délais fixés par la loi sont devenus, conformément aux dispositions de cette convention "de nationalité allemande".Ce fut à ce moment-là que notre famille commença à se disperser. Les premiers de nos Grands-parents à désirer rester Français furent :

Nicolas Humbert et son épouse Alsacienne, Anne-Marie Kieffer.

Nicolas servait dans les cuirassiers, il fait sa déclaration d’option le 10 novembre 1871 A la mairie de Boulay (Lorraine Allemande).Ils iront d’abord tout près, en Meurthe et Moselle. Son métier de Douanier le mènera ensuite le long de la frontière belge mais reviendra finir ses jours à Longwy en 1911. Trop tôt pour voir sa Lorraine libérée !

Voici pourquoi, aujourd’hui, vous habitez en Picardie, Bretagne, Provence, Poitou …Après des étapes dans l’Ain, la Garonne et une période de 10 années en Algérie … Ou irons nos petits enfants ?

------------------------------------------------------------------

Le texte de M. Barrès (1909) ci-dessous décrit cet exode des optants à Metz.

– Regardez cette route, en bas, disait-elle, la route de Metz à Nancy. Nous y avons vu, ton grand-père et moi, des choses à peine croyables.

C’était à la fin de septembre 1872, et l’on savait que ceux qui ne seraient pas partis le 1er octobre deviendraient Allemands. Tous auraient bien voulu s’en aller, mais quitter son pays, sa maison, ses champs, son commerce, c’est triste, et beaucoup ne le pouvaient pas. Ton père disait qu’il fallait demeurer et qu’on serait bientôt délivré. C’était le conseil que donnait Monseigneur Dupont des Loges. Et puis la famille de V… nous suppliait de rester, à cause du château et des terres.

Quand arriva le dernier jour, une foule de personnes se décidèrent tout à coup. Une vraie contagion, une folie. Dans les gares, pour prendre un billet, il fallait faire la queue des heures entières. Je connais des commerçants qui ont laissé leurs boutiques à de simples jeunes filles.

Croiriez-vous qu’à l’hospice de Gorze, des octogénaires abandonnaient leurs lits ! Mais les plus résolus étaient les jeunes gens, même les garçons de quinze ans. « Gardez vos champs, disaient-ils au père et à la mère ; nous serons manœuvres en France. » C’était terrible pour le pays, quand ils partaient à travers les prés, par centaines et centaines. Et l’on prévoyait bien ce qui est arrivé, que les femmes, les années suivantes, devraient tenir la charrue.

Nous sommes montés, avec ton grand père, de Gorze jusqu’ici, et nous regardions tous ces gens qui s’en allaient vers l’Ouest. A perte de vue, les voitures de déménagement se touchaient, les hommes conduisant à la main leurs chevaux, et les femmes assises avec les enfants au milieu du mobilier. Des malheureux poussaient leur avoir dans des brouettes.

De Metz à la frontière, il y avait un encombrement, comme à Paris dans les rues. Vous n’auriez pas entendu une chanson, tout le monde était trop triste, mais, par intervalles, des voix nous arrivaient qui criaient : « Vive la France ! » Les gendarmes, ni personne des Allemands n’osaient rien dire ; ils regardaient avec stupeur toute la Lorraine s’en aller.

Au soir, le défilé s’arrêtait ; on dételait les chevaux ; on veillait jusqu’au matin dans les voitures auprès des villages, à Dornot, à Corny, à Novéant. Nous sommes descendus, comme tout le monde, pour offrir nos services à ces pauvres camps volants. On leur demandait : « Où allez-vous ? » Beaucoup ne savaient que répondre : « En France… » Et quand ton grand-père leur disait : « Comment vivrez-vous ? »Ils répétaient obstinément : « Nous ne voulons pas mourir Prussiens. »

Nous avons pleuré de les voir ainsi dans la nuit. C’était une pitié tous ces matelas, ce linge, ces meubles entassés pêle-mêle et déjà tout gâchés. Il paraît qu’en arrivant à Nancy, ils s’asseyaient autour des fontaines, tandis qu’on leur construisait en hâte des baraquements sur les places. Mais leur nombre grossissait si fort qu’on craignit des rixes avec les Allemands, qui occupaient encore Nancy, et l’on dirigea d’office sur Vesoul plusieurs trains de jeunes gens… Maintenant, pour comprendre ce qu’il est parti de monde, sachez qu’à Metz, où nous étions cinquante mille, nous ne nous sommes plus trouvés que trente mille après le premier octobre…"

(C. Baudoche, histoire d'une jeune fille de Metz- M Barrès)

------------------------------------------------------------------

 

Cette histoire n’est pas sans nous rappeler La débâcle de 1940. Notre mère est partie de Fontainebleau, à pieds en poussant mon landau chargé simplement  du minimum et, de mes rechanges de bébé. Au milieu de milliers de gens et parfois, du mitraillage pas les Stukas, couchant et se nourrissant ou nous pouvions, au gré de la possibilité des habitants. Nous avons pu franchir la ligne de démarcation puis quelques temps à Châtel-guyon, ensuite Toulouse.

Plus près de nous ce fut, en 1962, l’exode d’Algérie, encore très présente dans les mémoires des familles, rapatriées dans de très mauvaises conditions. La famille Pieruccioni fait partie de ces expatriés ! Moi, je l’ai vécu comme témoin  jusqu’en avril 1963.

Finalement, ne sont-ils aussi des optant !...

Que les générations de nos enfants et petits-enfants n’aient pas à vivre de semblables et terribles périodes !...